Ode aux séances de simulateur en dériveur

Naviguer sur un dériveur est une danse, une danse millimétrée sur une scène mouvante, parfois de couple, parfois solitaire. C’est une danse où la règle est le minimalisme : il faut avoir le moins possible de prises d’appui pour passer d’une position à une autre. Cette danse ne s’invente pas. Les pas de base s’apprennent comme un tango ou une valse puis elle est à adapter pour chacun·e d’entre nous en fonction des spécificités de notre morphologie. 

Aujourd’hui, nous jetons la plupart du temps nos stagiaires sur l’eau en leur faisant au mieux une démonstration sur l’eau, la voix emportée par le vent et le mouvement masqué par le bateau. Or cette danse mérite un moment à terre, un moment sans perturbation autre. Cette danse mérite, pour être correctement apprise, une répétition en salle finalement. 

Le simulateur, qui peut prendre des formes variées que nous détaillerons par la suite, est un outil pédagogique sous-exploité qui apporte : une grande clarté pour les stagiaires, une possibilité de répéter plusieurs fois les mouvements tout en étant conseillé·e en direct par le ou la moniteur·ice, une possibilité de démonstration pour l’encadrant·e dans les meilleurs conditions. Ce passage est plus qu’essentiel pour apprendre : le passage de stick, l’embraque d’écoute, le virement de bord en double, la sortie au trapèze…

Certaines de nos bases sont déjà équipés de veilles coques dans un coin qui jouent très bien le rôle d’un simulateur. Je peux prendre pour exemple la coque du prototype, à côté du rack à voiles de Laser solo à Penfret. Cette coque est tout à fait sous exploitée : avec deux bouts et un stick, elle devient le parfait outil pour travailler le passage de stick en solo en regardant où placer ses pieds, quel pied sortir de la sangle de rappel en premier, comment positionner ses mains sur le stick etc. Cette séance d’une quinzaine de minutes peut se faire un jour de pétole, en debrief après une séance courte dans du vent fort, après le déjeuner en partant un peu plus tard sur l’eau, en combinaison ou habillé… Bref, elle se glisse aisément dans un programme de stage.

le simulateur à Penfret

J’intègre un moment sur simulateur dans chacun des stages de dériveur que j’encadre, du niveau 1 au niveau 4. Cela permet : 

⁃ aux niveaux débutants de se débloquer et diminuer le stress en visualisant mieux les déplacements de base

⁃ aux niveaux perfectionnement de peaufiner leurs manœuvres car c’est souvent les déplacements et les positionnements des mains et des pieds qui sont les éléments bloquants de leurs virements « voile un peu choquée », de leurs dessalages à l’empannage ou de leur angle de sortie de manœuvre.

Nous avons aux Glénans une appétence particulière pour la théorie, le fameux topo en salle avec tableau blanc. Bien qu’important, il ne faut pas pour autant en oublier que la voile légère est un sport où la mémoire kinesthésique est essentielle. Faire un mouvement et pouvoir le répéter à l’infini est essentiel pour que le corps puisse répéter la chorégraphie sans même y penser une fois sur l’eau. Posez-vous la question : pour faire correctement du laser solo, est il plus important de consacrer du temps à décortiquer sur simulateur ses manœuvres ou savoir comment la cellule d’Hadley influence la circulation globale ?

Si le site où vous encadrez n’a pas de coque à l’abandon dans un coin, aucun souci ! Il vous suffit de mettre un de vos bateaux sur des mousses ou des gilets à terre pour pouvoir faire la démonstration. 

Cette courte séance peut se décliner de nombreuses manières: 

⁃ Démonstration de l’encadrant·e

⁃ Passage des stagiaires un·e par un·e avec réflexion de groupe sur les manières d’améliorer les mouvements ou de les adapter aux spécificités de chacun·e (mobilité réduite etc)

⁃ Compétition de rapidité avec chronomètre « à celui qui embraquera le plus vite en faisant l’essuie-glasse…)

⁃ Visionnage de vidéos de manœuvres des JO / entraînements de sportifs en régate pour visualiser les mouvements à répéter

⁃ Mise en situation comique avec un stagiaire qui fait le vent, un autre qui fait bouger le bateau comme si il y avait des vagues, un autre qui fait la tension dans le safran ou même les embruns avec un seau d’eau…

Cette séance à la fois ludique, drôle et essentielle pour débloquer les bons mouvements. Elle est idéale à réaliser après un ou deux jours de navigation afin que les stagiaires puissent pratiquer par eux même par la suite. Vous serez surpris de voir le nombre de stagiaires que vous découvrirez sur le simulateur durant les moments de pause à s’entraîner de leur côté à la suite de cette séance afin de mieux intégrer les mouvements. Invitez les à utiliser le simulateur quand ils ou elles le souhaitent et à venir vous poser des questions.

Enfin, si vous ne vous sentez pas d’enseigner cette chorégraphie, aucun souci, il suffit vous aussi de regarder quelques vidéos en amont et de vous faire une chronologie précise ! 

J’espère vous avoir convaincu·es d’intégrer cette mise en place à vos programmes de stage quel que soit le niveau. Parce qu’une démonstration extraite du vent et de la mer vaut mille mots et tout autant d’explications sur l’eau. Et parce que faire du dériveur est une danse fine qui nécessite de nombreuses répétitions.

Bons encadrements ! 

Maud Chevalier

2 commentaires sur « Ode aux séances de simulateur en dériveur »

  1. En cata, je le pratique très souvent directement sur l’eau au bord de la plage, ce qui permet de s’entraîner à monter correctement à bord pour les débutant, sortie au trapèze et détailler pas à pas les manœuvres de près. L’avantage est de pouvoir facilement faire pivoter le cata, ce qui est très difficile à terre ! Très simple à mettre en place, par exemple en arrivant sur une plage juste avant le goûter ou juste après.
    Sinon par pétole, mais obligé de gréer, de se mettre en combinaison et peu d’effet sur les voiles… Déjà testé à l’inverse par avis de grand frais dans la houle, c’est plus dynamique mais très instructif pour monter à bord et apprendre à tenir son bateau !

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