Le périple Spitzberg, raconté par Jacques Capelle

Moniteur croisière et membre du CEB, Jacques Capelle partage avec vous son expérience du périple Spitzberg. Reliant Paimpol et Longyearbyen, ce voyage s’étalent sur 14 stages des Glénans. Découvrez ici l’étape anglaise.

Sur proposition de Thibaut, le responsable du pôle international des Glénans, j’ai rejoint le bateau Lengai à Stavanger, pour compléter l’équipage peu nombreux, trois stagiaires peu expérimentés et Hubert le chef de bord. Nous sommes donc 5 pour un bateau de huit places potentielles. Le confort donc mais juste nécessaire compte tenu des conditions météo, certaines couchettes sont inconfortables à la gite Le premier jour est consacré à l’approvisionnement, à la prise en main du bateau, au briefing sécurité et a une simulation d’évacuation du support avec l’annexe.

Étape 1 La prise en main du bateau : Stavanger (Norvège)à Skudeneshavn (Norvège), dimanche 22 septembre, départ tranquille vers 11h de Stavanger nous descendons le fjord pour rejoindre un petit port à 20 M proche de la mer du nord. Nous observons une loutre proche de rivage. 

Étape 2 Amarinage et découverte de la navigation en quarts : Skudeneshavn à Kirkwall (GB) îles Orkney, Traversée de 300 M, départ lundi 23 septembre au matin, le vent est faible NE3, nous envoyons le spi jusqu’au soir, la nuit se passe tranquille, au travers puis vers 05 h le vent monte 5 puis 6, nous prenons 1 ris puis 2 ris, le bateau file à 8 nœuds, nous arrivons à minuit, le mercredi 25, à Kirkwall capitale des îles Orkney. 35 Heures de navigation.

La météo n’est pas terrible, 6 à 7 beauforts dehors, nous effectuons quelques réparations, sur le support du pilote automatique qui était dévissé, donc inutilisable, merci Hubert pour ta veille auditive ! 

Après examen de la météo sur plusieurs jours, toutes les zones au sud d’Édimbourg sont en Gale (8 beauforts), Nous hésitons à partir le lendemain à Arbroath, Petit port au nord d’Édimbourg, dont l’entrée étroite est exposée au mauvais temps 

Un jour de plus à Kirkwall pour visiter, Nous passons de la navigation au culinaire et achetons des homards au pêcheur du coin, c’est Noël avant l’heure.

Étape 3 Le gros temps : Kirkwall à Scarborough (GB) côte ​Est de l’Angleterre.Le vendredi 27 septembre la météo est toujours soutenue, une accalmie est prévue le lendemain, nous partons. Départ au petit matin avec GV 3 ris et génois 40 %, le vent oscille en 25 30 kt, puis monte. Le génois commence à se découdre dans le 1/3 supérieur, nous l’enroulons et hissons le trinquette le vent monte à 38- 40 kt le bateau file à plus de 10 kn, sous 3 ris trinquette, au travers, la nuit est agitée, ambiance machine à laver. Les stagiaires sont malades tout en résistant et faisant les quarts. Manger devient compliqué surtout quand les fargues ne tiennent plus. 

Naviguer en mer du nord, c’est faire du gymkhana, entre les casiers, les plateformes pétrolières, les têtes de puit gaz ou pétrole, les zones de champ éoliens, les pécheurs et les hauts fonds. La mer du nord est une mer relativement peu profonde entre 15 et 70 mètres avec de forts courants de marée. Une veille AIS et une veille visuelle et même radar est nécessaire pour naviguer en sécurité. Le lendemain le 28 septembre le vent fluctue entre 2 et 4 BF, nous naviguons sous GV haute et trinquette, le génois étant partiellement déchiré, nous cherchons une solution pour le réparer à la prochaine étape, en vain la moindre voilerie est à 90 km. Une idée me vient, le Reeds mentionne un yacht club à Scarborough. Pendant la nuit je prépare un mail expliquant la situation. Nous arrivons à Scarborough vers 9 heures du matin, à marée basse et nous appelons le maître de port. Il nous fait patienter jusqu’à 13h00, car le port est ensablé et l’entrée étroite, il attend la marée haute pour nous faire rentrer. Après 26 heures de navigation nous sommes amarrés à triple de bateaux de pêche et il faut escalader les bateaux pour aller à terre. Le commodore (président du YC), m’a répondu … « passez me voir nous allons vous dépanner » dit-il. 15H je file au yacht club. Rencontre très fraternelle avec tous les membres présents, nous rencontrons Steve et Jon. Steve trouvera des morceaux de dracon, Jon ira chercher sa machine à coudre. Le soir à 20h, sur le parking avec des morceaux de dracon, le génois démonté nous rencontrons Jon avec sa machine, Hubert et Jon partent pour aller recoudre le génois … dans la cuisine de Jon, retour à minuit.

Jon et Steve ne veulent aucun dédommagement, malgré notre insistance, nous leur ferons parvenir deux vestes Glénans à notre retour, via Thibault, ainsi qu’une édition du cours des Glénans en Anglais trouvée sur Amazon ! Rencontres inoubliables.

Étape 4 La panne : Scarborough (Yorkshire du nord) à Londres

Scarborough est une ville balnéaire victorienne à la plage de sable dorée, la météo redevient difficile (Gale sur toutes les zones au sud de la mer du nord). Nous restons la journée du 30 septembre, à visiter la ville. Le 1 septembre la météo n’est toujours pas terrible, dehors il y a 30 nœuds, sur la belle plage située juste à droite de la sortie du port, la mer déferle. Nous devons partir pour être à l’heure à Londres. Départ prévu en fin de journée à la marée haute​ descendante. Départ sur garde arrière sportif, on s’y reprend à deux fois, Hubert est à la barre. Quelques manœuvres dans le port puis marche avant pour passer la passe du port et la … plus rien … plus de propulsion ! Le bateau est aspiré par la marée descendante, et poussé par le vent.  La passe du port à 10 mètres devant nous, est très étroite, on ne peut pas s’y croiser. Le bateau avance tout seul à 3 nds. Le bateau sort du port, la trinquette est immédiatement hissée, nous sommes au près. Si on abat on est sur la plage, si on vire on est sur la digue, le bateau remonte au vent petit à petit sous trinquette seule, nous tentons de monter le grand, voile, on s’y reprend à plusieurs fois, les lattes se prennent dans le lazy jack, mais ça passe et la voile est montée avec 3 ris. Petit à petit le bateau se dégage de la côte et s’éloigne des récifs situés sur notre tribord. Que s’est-il passé ? Le moteur fonctionne bien mais on n’a plus de propulsion : hélice perdue ? inverseur HS ? Câble ? on cogite. 

Cette partie de navigation est toujours aussi encombrée à laquelle va s’ajouter à l’approche sur Londres les DST /TSS. Londres ? Non il n’en est plus question d’y aller, La remontée de la tamise se fait aux moteurs sur 46 M. Il faut trouver un port près de Londres, où l’on pourra se faire sortir de l’eau et pas très loin pour que le prochain stage ne soit pas pénalisé. Le vent est toujours à plus de 30 nœuds, et il se mets à monter 35, 38, 40, 43,44, 45,46 il se stabilise pendant de longues heures, 3 Ris trinquette Lengai file à 14 nds. Toujours la machine à laver, et en plus les auto​ tamponneuses, toutes les 20 minutes Lengai prend une grosse lame qui prends le bateau de travers et le pousse, résultat si on n’est pas suffisamment attentif on traverse le carré. Manger est une g​ageure, mais il le faut, tout a été préparé … il suffit de se servir, boire chaud s’avère difficile. A la veille visuelle il faut être vigilant car quelques bateaux de pêche coupent leur AIS, il faut donc allumer le radar. Le lendemain vers 05 h le vent descend à 35 nœuds, cela fait bizarre on dirait qu’il n’y a plus de vent ! la journée se passe au fil des quart, le bateau avance et contourne petit à petit la partie Est, le Norfolk et le Suffolk, les DST se font de plus en plus présent et ajoutent à la difficulté de navigation, certains gros cargos mouillent dans les zones périphériques des DST, et il nous faut ré adapter rapidement notre route. Dans cette deuxième nuit nous passons sur la côte de l’Essex très encombré de cardinales, DST, éoliennes, parking à cargos, nous slalomons. 

Nous avons choisi comme atterrissage, après déduction le port de Ramsgate, Hubert y été passé il y a quelques années. Thibaut nous indique que LENGAI peut être manutentionné à Ramsgate. Nous y arrivons vers 03h00 du matin. Interdiction de rentrer à la voile. Toujours 30-35 nœuds nous pensons mouiller devant Ramsgate à proximité du chenal d’accès, mais le vent d’Est a généré une houle de plus de 1 mètre, difficile de mouiller de nuit, à proximité d’un chenal, sans propulsion, nous décidons de faire du travers travers, sous GV 3 ris seule, à l’extérieur devant le chenal à plus de 7 M de Ramsgate, à 3 nds Le temps passe, le matin arrive, nous recherchons un remorquage pour entrer dans le port, la navigation à la voile étant interdite. Nous téléphonons à des entreprises potentielles ; soit le numéro est faux, soit personne ne répond, soit ils ne font pas. Nous contactons le port de Ramsgate et réussissons à parler au maître de port pour trouver un bateau pour nous tracter de l’entrée du port au ponton, la communication se coupe, nous rappelons, le standard ne veut plus nous passer le maître de port, nous insistons, en vain. Nous appelons les gardes côtes via la VHF et leur expliquant la situation, et leur demandant s’ils connaissent un moyen de remorquage, puis subitement la VHF s’éteint. Nous la rallumons, re contactons les gardes côtes, la VHF s’éteint à nouveau, plus tôt cette fois, nous recommençons en vain. Nous prenons cette fois ci la VHF portable, la liaison est inaudible. Il est 10h30, toujours 30 nds. Nous poursuivons les appels téléphoniques sur des contacts donnés par Thibault, en vain. L’heure tourne, et nous n’avons toujours pas de solution. Vers 12h30 un équipier signale un bateau venant dans notre direction, attente de courte durée, il s’agit des RNLI (SNSM en France). Il nous demande d’affaler la GV, la vedette manœuvre en s’approchant du bateau en marche arrière, après quelques essais la remorque et attrapée et tournée aux taquets. Nous sommes remorqués lentement vers Ramsgate pendant plus d’une heure, à l’entrée du port la remorque est réduite, puis dans le port la vedette se met à couple et nous parquent au ponton ce jeudi 3 octobre à 14h30. Navigation de 42 heures Merci RNLI. Nous déjeunons. En fait, lorsque nous avons appelé les gardes côtes, se sont eux qui ont déclenché le PAN PAN, mais comme la liaison VHF s’est interrompue nous ne le savions pas. Après déjeuner nous plongeons et faisons quelques manipulations pour diagnostiquer la panne. L’hélice est toujours là, l’inverseur semble intact. Nous avons le mécanicien des Glénans en ligne, à priori il y aurait un « fusible » dans l’hélice qui se serait rompu. Nous prenons rendez-vous pour lever le bateau et commandons l’hélice qui arrivera mardi. Nous rangeons, nettoyons le bateau pour le prochain stage, débriefons. Bilan 980 M parcourues. Le nouveau moniteur arrive, il aura la charge de lifter le bateau et de changer l’hélice.

Note : l’hélice comportait bien un manchon caoutchouc renforcé et remplaçable destiné à absorber la charge du choc, celui-ci s’est rompu.

2 commentaires sur « Le périple Spitzberg, raconté par Jacques Capelle »

  1. Très impressionant, je n’ai jamais rencontré de telles difficultés, mais on voit les compétences d’un moniteur expérimenté et de son second (bien au dela des miennes plus modestes). Cette aventure témoigne de la qualité de notre association et de la structuration des niveaux d’encadrements.
    Il m’est arrivé de perdre une hélice, de faire face à des pannes moteur, d’une voile déchirée et bien d’autres aventures encore, comme nombre de moniteurs, mais jamais dans ces conditions météo.
    Félicitations donc je reste admiratif de ces deux moniteurs et fier de la qualité de notre école de voile.
    Noel LE MESTRE

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