Retour d’expérience : le stage niveau 4 aux îles Scilly vu par une stagiaire

A ceux qui hésitent encore à s’aventurer vers le hauturier, voici un témoignage qui vous invite à comprendre le ressenti du stagiaire. Margot y évoque de nombreux points importants : se sentir en sécurité, l’ambiance, la pédagogie du moniteur, les arbitrages dus à la météo, bref pour le moniteur dire ce que je fais (expiquer), faire ce que je dis…

Assurer son quart au petit matin et sous la pluie, ça peut être de barrer seule. Je vous rassure, j’ai survécu.

Courant septembre, j’ai participé au stage niveau 4 cheffe de quart en 11 jours au départ de Paimpol. Après avoir beaucoup entendu parler des Glénans autour de moi et mes parents s’étant rencontrés lors d’un stage, je me suis enfin inscrite.

Nous sommes partis sur un RM 1050 nommé « Epox Sea », l’équipage était constitué d’un moniteur et de 6 stagiaires (4 femmes et 2 hommes). Voici quelques spécificités du bateau, c’est un bi-quille avec barre franche, 1,60 de tirant d’eau et était équipé d’un spi asymétrique, d’une trinquette, d’une grand-voile avec 3 ris, de bastaques et d’un frein de baume. L’ensemble des bouts étaient ramenés en pied de mât. Durant ce stage, nous avons parcouru 410 milles sur 94 heures.

Deux stagiaires préparant le Solent dans le port de Ploumanac’h

Au jour par jour, voici notre séjour :

  • Jour 1 : Début du stage à 13h. Prise en main du bateau, désossage, inventaire, courses, attentes vis-à-vis du stage, présentation des uns et des autres, expériences en voile.

Les entrées / sorties du port de Paimpol se faisant par le passage de l’écluse, nous avions le choix de partir de nuit ou bien de rester au port. Pour le 1er jour, nous avons choisi de dormir à Paimpol et de partir le lendemain matin.

  • Jour 2 : Départ sur les coups de 9h après le topo sécurité, une fois l’écluse passée, nous avons pris la direction de Saint-Quay-Portrieux. Lors de cette navigation, nous en avons profité pour prendre en main le bateau et faire des manœuvres (virements, empannages, prises de ris, HLM).
  • Jour 3 : Pour une question de logistique, nous sommes retournés à Paimpol pour passer la nuit.
  • Jour 4 : Le programme étant de se rendre aux îles Scilly, une longue navigation nous attendait. Afin d’anticiper les conditions, nous avons préparé 2 repas simples à manger et à réchauffer. Suite au Brexit, nous devions faire une déclaration auprès des border force afin de pouvoir rentrer sur le territoire anglais. Il est 10h30 et sonne le départ pour nous, nous voilà partis pour environ 24 heures de navigation. Lorsque les quarts ont été établis l’équipage a choisi de faire le roulement avec 1 heure à la barre puis 1 heure en soutien. Le soutien permet d’assister la personne à la barre en lui proposant à manger et à boire, préparer une petite tisane pour se réchauffer ou tout simplement en discutant. Lorsque nous étions à la barre, une veille sous le vent devait être faite en continu, afin de contrôler les gisements des autres navires afin d’éviter toute collision. Nous devions également remplir le livre de bord à chaque prise de quart. Une fois notre quart terminé, nous devions faire l’estime de notre route. Pour y parvenir, le cap compas et la vitesse moyenne sont à surveiller lorsque nous sommes à la barre. En complément de ces données, nous devions prendre en compte si nous étions au moteur ou à la voile et estimer la dérive due au vent mais aussi d’appliquer la dérive due au courant. Pour cela, nous avions un extrait des cartes des courants heure par heure, étant en coefficient 115 à ce moment-là, il était d’autant plus important de les prendre en compte. Sur les premières heures, nous avancions bien et même plus rapidement que prévu, nous espérions que les conditions continueraient dans ce sens. Les quarts se passaient bien, tout le monde les assurant sans problème. De temps en temps, le moniteur allait se reposer quelques heures/minutes, il était à réveiller en cas de doute, de manœuvres, de l’entrée dans le rail d’Ouessant riche en cargos. Dans notre cas, nous avions 4 traversées de rails à effectuer. Durant la nuit, des orages ont commencé à frapper la France, puis quelques-uns se sont approchés de nous. Nous nous sommes mis à compter leur fréquence afin d’évaluer la vitesse à laquelle ils se rapprochaient. Durant notre trajet, nous avons eu la chance de voir jouer des marsouins (petits dauphins) avec notre étrave, voici un petit aperçu.
  • Jour 5 : Toujours en navigation vers les îles Scilly. Une fois le soleil levé, nous poursuivons le roulement de nos quarts. Nous arriverons sur les coups de 17h dans le port de St Mary’s.

Finalement, nous aurons mis 31 heures pour effectuer la traversée pour 152 milles. Notre estime était plutôt correcte, nous avions 6% d’erreur avec la distance totale.

  • Jour 6 : Un gros coup de « tabac » arrivant dans les prochains jours, nous décidons de rentrer en France. La découverte du sud de l’Angleterre sera pour une prochaine fois.

Comme à l’aller, nous préparons à manger, deux stagiaires préparent la navigation et une autre le départ et l’arrivée des ports, elle prendra par la suite le rôle de navigatrice. Pour les autres, ils endossent les rôles de barreur puis de soutien durant les quarts. Afin d’avoir plus de repos entre nos quarts, ils seront d’une heure et demi.

Nous partirons vers 21h de St Mary’s. Une fois sortis des cailloux et zones dangereuses, nous avons pu faire des exercices d’HLM (au moteur de nuit), une perche IOR avec une lumière nous permettait d’identifier l’HLM à récupérer.

Faute de vent (1 beaufort), nous ferons 4/5 heures au moteur avant de pouvoir hisser les voiles.

  • Jour 7 : La navigation en quart se poursuit, tout le monde assure son quart à la barre ou au soutien. Les lignes dans le livre de bord s’ajoutent et l’estime de la route se dessine au fur et à mesure.
  • Jour 8 : Nous arrivons à Roscoff vers 2h du matin. Nous aurons parcouru 128 milles en 29 heures.

Pour fêter cette traversée, nous avons pris un apéritif modéré mais mérité. Tout le monde étant fatigué, direction le duvet pour recharger les batteries et se réchauffer.

Les conditions étaient humides dès les premières minutes de traversée jusqu’à l’arrivée, nous avons eu quelques heures sans pluie, ce qui nous a permis de sécher un peu. Lorsque nous avons branché le chauffage dans le bateau, l’électricité se coupait. Il devait être aussi humide que nous…

En fin d’après-midi, nous avons fait une petite navigation de 4 heures pour aller au mouillage dans l’anse de Térénez.

  • Jour 9 : Direction le port de Ploumanac’h pour passer la nuit. Le danger de ce port est son seuil à l’arrivée donc il faut bien avoir calculé les heures des marées et l’heure jusqu’à laquelle nous pouvons franchir ce seuil dans notre cas 16h47 pour avoir une hauteur d’eau de 4,70m (2,55 de seuil + 1,60 de tirant d’eau + 0,50 de pied de pilote).

Pour profiter de la journée et passer le seuil, nous partons vers 8h, puis sur les coups de midi, nous nous dirigeons à l’est d’Ile Grande pour déjeuner à l’abri de la houle. Ensuite, nous terminons notre navigation jusqu’à Ploumanac’h quelques milles plus loin. Sur cette journée, j’ai pu faire la navigation et nous avons pu hisser le spi.

  • Jour 10 : Le vent étant fort (BMS en cours), nous avons mis à poste le solent, départ vers 9h du port pour rejoindre Lézardrieux. Au départ nous avons mis 3 ris dans la grand-voile et sorti le solent, rapidement nous avons dû affaler la grand-voile puisque nous n’arrivions plus à tenir le bateau. Ce jour-là, les conditions ne nous permettaient pas de manger un vrai repas, donc nous avons mangé tard en arrivant au port. Sur cette journée, une stagiaire a pu faire la navigation pour se rendre à destination.

En fin de journée, nous avons profité de ce temps libre pour faire des manœuvres de port.

  • Jour 11 : Au début du séjour, nous visions l’écluse de Paimpol sur les coups de 3/4h du matin, mais le vent étant trop fort, nous avons préféré attendre celle d’après, le vent devant se calmer un peu. Nous arrivons donc vers 16h à Paimpol.

C’était une réelle chance d’avoir ce moniteur, c’est un passionné de voile qui est pédagogue et sait transmettre son savoir / ses astuces, il a su combler nos attentes et objectifs sur ce stage, excepté pour l’une des stagiaires qui souhaitait se rendre en Irlande ou encore avoir plus de beau temps 😊 Tout au long de ce stage, nous nous sommes tous sentis en sécurité grâce au moniteur, ce qui est important lorsque l’on navigue.

En quelques mots, c’était une expérience unique et enrichissante aussi bien humainement qu’en apprentissage. En plus de repartir avec de belles images en tête, chacun d’entre nous est reparti avec un porte-clés que le moniteur nous a réalisé.

Merci à « La Team » et au moniteur d’avoir partagé toutes ces navigations et moments durant ces 11 jours.

Le monde de la voile étant petit, je vous dis à bientôt.

Margot

Les ports et mouillages visités durant ce stage

Interview menée par Eric Lecocq, membre du CEB

Eric : Quelles étaient tes attentes et est-ce que cela y a répondu ?

Margot : Mes attentes sur ce stage étaient avant tout de déconnecter car ce sont les vacances, à mon sens il n’y a rien de mieux que la voile pour y parvenir. Apprendre était aussi dans mes attentes, la voile a la particularité de disposer d’un apprentissage permanent et vu mon niveau je n’en doutais pas.

Avant de m’inscrire, j’avais hésité entre 2 stages, celui-ci et le stage évasion Cadaquès en 13 jours. Certes les 2 ne sont pas comparables en termes de conditions, courants, apprentissage, temps météo, etc. J’ai finalement opté pour l’apprentissage et laissé la détente pour une prochaine fois.

Concernant les zones de navigation, le stage chef de quart est proposé depuis différentes bases, ayant entendu parler des fameux « tapis roulant » de la Bretagne Nord c’était l’occasion de découvrir cette zone dans laquelle je n’avais jamais pris le temps de naviguer.

Ayant déjà navigué au maximum 7 jours de suite je ne savais pas à quoi m’attendre en partant pour 11 jours. Finalement, le stage est passé rapidement et j’apprécie ce format de 11 jours.

Eric : Est-ce que lors de ton inscription tu as eu toutes les informations, principalement sur les prérequis pour ce stage (niveau à avoir) ?

Margot : J’ai réalisé mon inscription via le site internet, tout était simple. Je trouve que les informations mises sur le site internet sont plutôt succinctes sur le rôle du chef de quart et les objectifs, ceci mériterait d’être étoffé notamment sur l’aspect longues navigations ou d’une initiation à la navigation hauturière. Par exemple, le 1er jour, il a été soulevé l’idée de faire 2 fois la traversée de la Manche, ce qui ne m’enchantait pas vraiment.

Concernant les prérequis sur le niveau, j’étais loin du niveau d’entrée pour un niveau 4 chef de quart. Quelques navigations de plus à mon actif n’auraient pas été de refus.

Eric : Quelle suite pour toi, est-ce que tu souhaites continuer ?

Margot : L’envie de poursuivre l’apprentissage de la voile est encore dans mes objectifs. Le chemin est encore long avant d’être autonome, mais je compte bien l’être un jour.

Pour avoir effectué des croisières avec ma famille, entre amis ou sur des niveaux 1 à 3 spécifiques manœuvres, j’ai l’impression que l’apprentissage est plus adapté lorsque l’on choisit des stages « apprentissage » qui sont en accord avec notre niveau actuel.

Eric : Si tu devais retenir trois choses importantes de ce stage, ce serait quoi ?

Margot : Qu’avoir un moniteur passionné et pédagogue est un atout sur ce type de stage, s’ajoute aussi un équipage où une bonne ambiance et l’entraide règnent à bord.

J’en ressors satisfaite, j’étais venue pour déconnecter et apprendre et ceci a été réalisé même n’ayant pas bien compris le stage qui m’attendait et le niveau demandé.

Suite à la pluie que nous avons eue tout au long du stage, j’ai prévu de réimperméabiliser ma veste de quart… La réputation de la Bretagne était au RDV (les bretons vont m’en vouloir J).

Eric : Quelle image as-tu des Glénans ?

Margot : J’ai eu une très bonne image des Glénans. Ils sont à la hauteur de leur réputation en termes de sécurité, ce qui est important pour moi. Ils ne sont pas si militaires que ce que l’on peut entendre. Autrement dit, j’en ressors enchantée et je réfléchis déjà à repartir avec eux.

Eric : Est-ce que le support RM 1050 était adapté au stage ? Défauts/Qualités ?

Margot : Le RM 1050 est adapté au stage car c’est un bateau qui est manœuvrable avec une barre franche. Le programme initial proposait un dufour 360, ce qui aurait été à mon plus grand bonheur d’avoir une barre à roue.

Ce bateau datait de 2015, ce qui est à double tranchant soit tout est cassé, soit tout fonctionne. Dans notre cas, tout fonctionnait correctement, ce qui n’était pas le cas d’un bateau récent des Glénans où la marche arrière avait du mal à être enlevée.

Il avait l’avantage de disposer d’un solent, d’un spi symétrique, de 3 ris, d’un frein de baume, de bastaques. Tous ces éléments permettent de varier la voilure ou d’être vigilant sur les bastaques lors des changements d’amure ou d’allures. Jusqu’à présent je n’avais jamais vu de frein de baume, désormais je sais à quoi ça ressemble et je comprends son intérêt.

L’inconvénient majeur de ce bateau était que tous les bouts étaient ramenés en pied de mât. Cette semaine hisser, affaler ou encore prendre des ris dans la grand-voile était plutôt sportif voire rafraichissant avec la petite vague qui vient nous arroser le dos et les chaussures. Faire ce type de manœuvres en pleine nuit nécessite beaucoup de vigilance de la part de toutes les personnes sur le pont.

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