L’époustouflante  CATAGOLFE du 4 et 5 octobre 2025

De retour d’Arz et encore porté par le vent, Christophe Courtois nous embarque dans le récit vibrant de la 37ᵉ Catagolfe. Deux jours de mer, de souffle et d’adrénaline au cœur du Golfe du Morbihan.

De retour à la vie civile, j’empanne le temps de vous relater nos péripéties sur cette 37ème Catagolfe. La Catagolfe est une compétition internationale de catamarans au départ d’Arradon, les reliefs et courants du Golfe du Morbihan la rendent très atypique, la plupart des régates étant organisées en pleine mer, autour de 3 bouées. Cette régate, sur 2 jours, est ouverte à plusieurs classes de catamarans : Flying boat, F18, C1, Viper, Nacra, Dart, C3 et HC16. La base d’Arz y aligne plusieurs catas depuis plusieurs années, la régate étant précédée d’une semaine entière de préparation.

En ce début d’automne, retrouver Arz, vidée de ses touristes et laissée à ses 300 îliens est délicieusement dépaysant, j’aime sa quiétude et l’absence de bagnoles. Cette année, le festival « des insulaires » s’est posé dans la grande prairie non loin de la base, musique tardive et spécialités culinaires locales 2 jours durant, les moustiques aussi seront à la fête !

La base m’évoque un château grand siècle avec son allée bordée de bateaux, j’adore, je passe en revue les catas, lequel sera mon destrier, tiens m’Bappé, ben oui c’est le 10, mon cata préféré !

Les dernières tempêtes ont eu raison de plusieurs géants centenaires, derniers témoins d’une époque où le réchauffement climatique n’était qu’un scénario hypothétique. Arz, ce n’est pas que le Golfe et des ruelles étroites, ce sont aussi de beaux arbres qui protègent les hommes et leur patrimoine. La base a été submergée plusieurs fois et le sel marin a brûlé les racines du majestueux colosse qui trônait au bout de l’allée, c’est triste. Heureusement il y en a d’autres et la base reste verte et ombragée.

L’accueil est toujours aussi chouette, c’est un plaisir d’encadrer ici. Je retrouve MP, Léa, Camille, Clément et le chef matos Olivier qui nous a bichonné les cames sur 3 Hobies et on a deux superbes voiles neuves couleur d’automne. 

Les catagolfeurs arrivent, Dominique, Eléonore, Bertrand, Ronald et Laurent. On se met tout de suite au boulot pour s’approprier nos montures. S‘assurer qu’un bidule ne nous lâchera pas sur l’eau est devenu un rituel de partage. La technologie fait partie intégrante de ce stage particulier, tout est revu, réglé, testé, rien ne sera laissé au hasard.

Le début de la semaine est très calme et permet de travailler les réglages petit temps tant détestés par les cata(wo)men, c’est ainsi !

Coté météo, si le bleu prédomine, une dep bien creusée se rapproche et va affoler les anémomètres, le bleu ciel chavire au violet funeste puis au bleu délavé pour la régate ! L’idée d’une nouvelle pétole ranime les mauvais souvenirs de 2023 et 2024 et comme une pensée, j’arrache ces pétoles … du vent, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout … ça y est, je délire.

La fin de semaine s’anime, notre Amy se rapproche et les séances deviennent plus physiques, on en profite car la prévision condamne la Manche et notre manche du samedi, on garde espoir sachant que les algorithmes galèrent quand c’est trop perturbé. Avec ses 947 hPa, l’ogre Amy nous « met office » hors course !

Vendredi matin, J-1, ça souffle à 15 nds, empannage, VDB, coke à fleur d’eau, on était en manque. Chacun sa route entre l’Oeuf et la sud Drenec, qui sera premier ? Ça fume !

L’aprem, on débauche sans difficulté Gaspard pour le convoyage vers Arradon, je lui cède ma place car je dois assurer le transport des remorques. Dominique et lui en profitent pour faire un bord de largue d’anthologie. Les 100cv du Zod suffisent à peine pour les rattraper et modérer leurs ardeurs, « Hé les gars, ce n’est pas le moment pour un planteur ».

Sur le parking d’Arradon, il faut sécuriser les catas, posés sur des morceaux de moquette, bien lestés avec la remorque et la GV, les tableaux au vent, l’écoute de foc blindée, ils ne craignent rien, je suis confiant. Bertrand et Eléonore découvrent Arradon, il y a peu de monde car la tempête va passer durant la nuit et beaucoup vont préférer venir tôt le samedi plutôt que de laisser leur cata exposé aux rafales. 

À l’inscription, les officiels sont plus tatillons que d’habitude, vu la claque à venir, eux aussi vérifient tout, les assurances ne vont pas les rater s’il y a de la casse.

La prévision météo ne faiblit pas et les spéculations vont bon train, de plus nos voiles neuves ne peuvent pas être arisées et je n’ai jamais navigué dans 23nds voile haute avec plein de bateaux autour. Ben oui, aux Glénans, par force 5, on arise ou on fait du taxi, ça craint grave. Salut Caro, un planteur s’te plaît !

Samedi matin, 6h55, dehors ça crachouille, petit dej, réunion de crise autour d’un café capitaine (bon café en argot îlien), la météo annonce quand même 21nds pour cette journée mais heureusement 12 nds pour dimanche, ce qui assure les 2 manches nécessaire pour valider la régate, ouf ! 

Eléonore et Bertrand jettent l’éponge pour cette manche, ils ne seront pas les seuls. On quitte la base à quatre et on avisera sur place pour prendre ou non le départ.

9h : Clément nous dépose à Arradon où il y a étonnamment très peu de vent ! C’est quoi cette dinguerie ? Les bateaux au mouillage flottent sur de l’huile et le large est à peine froissé de quelques rides, zut je pense à Eléonore et Bertrand, se serait-on trompé ? Ronald me fait lever les yeux ; le ciel est tout bleu mais au vent, ça fronce un peu, « ça va piauler » me dit-il. Gloups ! Ce soir je teste le ponch de Caro !

10h : briefing devant l’Abri-cotier: les officiels choisissent au dernier moment l’un des 12 parcours possibles. Le vent d’ouest est annoncé à 19nds établi avec des claques à 31 puis va forcir dans l’aprem, le créneau est mince, il n’y aura qu’une manche aujourd’hui, parcours n°4 de 12,5 miles : c’est le tour de l’île aux Moines et des 3 îles (dans le sens horlogique) … foyalé, foyalé, foyalé !

Le départ est annoncé vers 11h et les HC16 partiront en premier au front. Ça dessale de partout sur la zone de départ. Les organisateurs peinent à mouiller le bateau comité et les bouées. Dominique et moi sommes plutôt sereins, avec 185kg à la pesée et 122 années d’expérience, on pense de(re)ssaler moins vite que les autres. « j’ai soif » me dit-il ! « Hein, quoi, maintenant ? »

Ça s’agite du côté du bateau comité ; il est mouillé trop proche de l’île Logoden, elle génère une grosse survente, juste là où la plupart des concurrents se positionnent pour engager leur près tribord amure. C’est un carnage, je vois tout à coup plusieurs catas dessaler sur une grosse risée dont les meilleurs et aussi les rololos (Ronald et Laurent), idéalement placés pour le départ alors tout proche.

On perd le décompte et on passe la ligne en retard mais c’est parti, ma doué ça gîte bien, on assure bien les VDB, on abat sur la bouée de dégagement, gros bords de portant vers la Boedic, Dom barre bien, il lofe un peu, diable que ça pousse et je suis un peu trop avancé sur le trampooOOHH, premier enfournement. Tout va bien, on ressale sans machine à laver, on récupère, on repart, on se console, on est pas les seuls. Dom réclame sa gourde !

On enroule la Boedic puis direct sur la Pyrenn à laisser sur bâbord, on assure bien l’assiette, je barre et Dom sort bien au trap, on gomme les risées, zut il glisse et perd l’équilibre… Second enfournement devant Brouel. On ressale, on souffle un peu et on repart, la gourde est presque vide !

Vient la zone d’écope où le clapot est terrible, on est juste sous le travers et le cata est tellement secoué qu’une vague m’emporte derrière la barre, je ne la lâche pas car si on lofe, on dessalera par l’arrière ou on se fera taper par la meute qui suit, non pas ça ! Je résiste et reste sur la bonne trajectoire, Dom équilibre bien le bateau, à moi d’y remonter… yessss ça repart tranquillou jusqu’à Stibiden où on va affronter les courants, les risées et les déventes. 

Malgré un coeff de 59 et les premiers douzièmes de la montante, le courant se fait bien sentir, c’est juste gai, impressionnant, très rapide, on passe dans les veines de courant, elles adonnent, je n’ai plus de sang, juste de l’adrénaline, c’est grisant, on est très concentré.

Aïe, du coin de l’œil, je vois la gaine de mon écoute de GV se déchirer, je borde sur l’âme et je redoute que la gaine bouloche et coince le palan, ce serait dramatique. 

La pointe de Penhap est comme la Jument toute aussi agitée par les courants, c’est juste affolant, on finit par passer ses tourbillons puis direction les Réchauds qu’on passera facilement avec la marée.

Entretemps le courant a forci et avec la dévente du relief près des Réchauds, les voiles tombent, c’est gag on fait un 360° mais il me faut vite retrouver le cap car le cata juste devant manque de dessaler malgré son équipage déjà au trapèze. On retouche du vent, tout droit jusqu’à l’arrivée en s’écartant bien de la grosse Truie, plantée en plein milieu du courant.

Pouëeet, je décèle dans le regard des officiels un certain soulagement en voyant un cata de plus passer la ligne. Quelle expérience démente, on l’a fait, on se congratule, on est bon !

Au parking, je retrouve les rololos en mode relax, leur cata est déjà dégréé, ils ont dû jeter l’éponge, je les croyais loin devant suite à nos dessalages. Peu avant le départ, un Hobie a enfourné et leur a dessalé dessus, les faisant aussi dessaler, dans le choc, leur chariot de GV a explosé. Quelle infortune, ils étaient idéalement placés pour prendre un excellent départ. L’autre cata a coulé, liston déchiré !

On rentre, douche, sieste, cookies, passage par l’atelier puis papote et apéro avec les monos de la bande rouge organisée par le CEB. J’y retrouve quelques habitués de l’Archipel, c’est chouette de les revoir. On évoque la saison et la régate, que peu connaissent.

Bilan du samedi : sur 112 bateaux inscrits, 26 n’ont pas pris le départ et seuls 61 ont franchi la ligne, il y a eu beaucoup de casse. 

Dimanche, 6h30, petit déj, je suis content pour Eléonore et Bertrand, ils vont enfin pouvoir concourir. Selfie à 6 sur la cale, il fait sombre et mes 2 combis sont encore humides, j’ai froid, je n’ai pas bien récupéré des efforts de la veille. 

Silence sur le Zod, Dom s’est rendormi (veinard), le soleil illumine l’horizon et que c’est beau, cet instant est magique. Sur le parking, on remplace les bidules cassés puis on grée, le soleil monte doucement et transparaît dans les voiles multicolores, ça réchauffe. La journée s’annonce ensoleillée, quelle chance.

9h, briefing : parcours n°6, on remontera la rivière d’Auray jusqu’à la Pointe espagnole,  avec 11nds établi, c’est un magnifique parcours de 19 miles.

Les HC16 partiront à nouveau en premier, je n’aime pas car sans VHF, c’est juste difficile de se caler sur les seuls mouvements des drapeaux hissés sur le comité, d’habitude, on regarde la série précédente et on cale le chrono sur leur départ, donné 5 minutes avant le nôtre. Avec ce vent médium, les catas se concentrent autour de la ligne et s’engagent dans une chorégraphie bien connue des initiés. Concentrés sur le ballet des catas, on en oublie de tester la ligne qui est favorable en bâbord amure, je me foire et je pars mal, de nouveau, mais c’est reparti. Le jeu est différent, on peut peaufiner les réglages et les trajectoires, ce n’est plus de la survie. Les voiles neuves font merveille au près, on gratte quelques ancêtres, c’est jubilatoire.

Le passage dans la Jument perturbe tous les repères, les remous sous-marins cisaillent les safrans, la surface est agitée ici par des bouillons, là par des marmites, ailleurs des tourbillons, des rouleaux et le courant adonne puissamment. Plus loin, un cata semble s’être tanké sur une tache d’huile, incapable de manœuvrer à la voile, c’est très impressionnant et … déroutant, tu peux perdre toute ton avance juste parce que tu passes au mauvais endroit. On joue avec les risées, tribord amure, c’est le moment de boire, la rivière d’Auray est très longue, on est même pas à la moitié !

Après plus de 4 heures et 48km de nav intense, nous franchissons la ligne, soulagés et heureux.

On quitte Arradon à la voile et avec les réflexes bien affûtés par ce long exercice, on se surprend à choper facilement chaque risée pour faire durer le plaisir mais déjà la base est en vue, c’est la fin.

Je remercie chaleureusement :

  • Les Glénans
  • Les permanents et encadrants de la base d’Arz
  • La SRV pour l’organisation de cette régate unique en son genre
  • Mes co-stagiaires Eléonore, Bertrand, Ronald et Laurent
  • Mon équipier Dominique
  • Mon Amy la dépression
  • Hobie Alter pour sa géniale et indestructible invention
  • m’Bappé
  • Albert E qui a dit que le temps se contracte quand on va vite !
  • Caro
  • Et ma bonne étoile une fois … de plus

Vivement la prochaine saison, rdv en 2026 sur ce stage cata hors du commun !

Christophe Courtois

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